Dur, dur le confinement

Un mari est devant la porte des WC.

MARI. – Tu en as encore pour longtemps ?

FEMME, voix off. – Pourquoi ?

MARI. – Pourquoi, pourquoi… parce que ça urge figure-toi !

FEMME, voix off. – C’est pas mon problème !

On entend tirer la chasse d’eau.

MARI. – Ah ! Quand même !... Ben, tu sors pas ?

FEMME, voix off. – C’est pas l’heure.

MARI. – Pardon ?!

FEMME, voix off. – J’y suis entrée à dix-huit heures, j’ai droit à un quart d’heure, je le prends !

MARI. – Mais… c’est stupide !

FEMME, voix off. – Je ne fais qu’appliquer les règles qu’on s’est fixées.

MARI. – C’était un temps maximum, tu as terminé tu sors, point.

FEMME, voix off. – Je ne sortirai que lorsque le quart d’heure sera écoulé. Point final !

MARI. – Tu veux que je te dise, tu es pire que ta mère, et pourtant, c’était pas un record facile à battre, mais alors là, chapeau, tu as réussi !

Sa femme sort en trombe.

FEMME. – Alors toi, tu attaques pas ma mère, tu as compris ? Tu lui arrives même pas au niveau des orteils à ma mère ! Elle a des défauts, c’est vrai, mais elle est loyale, elle ! Elle est pas comme un certain minable que je connais, si tu vois de qui je veux parler !

MARI. – Oh non, tu ne vas pas remettre ça sur le tapis !

FEMME. – Ben voyons, ça t’arrangerait hein qu’on n’en reparle plus de ta blondasse, cette espèce de je sais pas quoi sur qui tous tes collègues sont passés et toi avec !!!

MARI. – C’était une erreur, une énorme erreur…

FEMME. – Non. L’erreur c’est toi et crois-moi, sans ce fichu confinement tu serais déjà dehors avec tes valises !

MARI. – Je regrette tellement…

FEMME. – … que je l’aie appris ? Je m’en doute !

MARI. – Non, que ce soit arrivé… Je m’en veux…

FEMME. – Pas autant que moi !

MARI. – Qu’est-ce que je pourrais faire pour que tu me pardonnes ?

FEMME. – Même pas en rêve !

MARI. – Je t’assure que…

FEMME. – … et moi je t’assure que sans cette pandémie tu ne serais plus ici !

MARI. – Justement, c’est peut-être l’occasion de pouvoir dialoguer…

FEMME. – Je refuse d’en parler plus longtemps. La situation est déjà assez pénible comme ça, alors tu m’oublies, ok ?

MARI. – Dans un trente mètres carrés, ça va pas être facile…

FEMME. – Puisqu’on est obligés de vivre ensemble on s’en tient aux règles qu’on a instaurées.

MARI. – Euh… à ce propos… on pourrait peut-être aménager un peu les horaires pour le salon…

FEMME. – Ah oui ? Et en quel honneur ?

MARI. – Il y a PSG-OM ce soir et…

FEMME. – C’est MON soir, non ?

MARI. – Oui mais, le match…

FEMME. – Je m’en fous.

MARI. – Je m’en doute, mais ce serait sympa que tu…

FEMME. – J’ai pas envie d’être sympa. (Elle lui montre une affichette épinglée au mur.) Tu sais lire. On est le 16, le salon est pour moi pour la soirée.

MARI. – Ah bon. D’accord. C’est comme ça ?

FEMME. – Oui.

MARI. – Je t’avertis, si tu as un petit creux ce soir, inutile de venir à la cuisine, je ne te laisserai pas entrer !

FEMME. – Pas de danger, j’ai fait des provisions !

MARI. – Je voulais te demander…

FEMME. – Quoi encore ?

MARI. – Je voudrais un oreiller supplémentaire.

FEMME. – Tiens donc ?

MARI. – Le robinet de la baignoire me gêne.

FEMME. – Tu n’as qu’à mettre la tête de l’autre côté.

MARI. – C’est ce que je fais, mais mes pieds, eux, se cognent au robinet.

FEMME. – Oh, le pauvre petit bouchon qui se fait mal aux petons… (Elle lui met dans les bras un coussin qui était sur le canapé.) Tiens.

MARI. – Je ferai avec… N’empêche que c’est pas normal que tu m’obliges à dormir dans la salle de bains.

FEMME. – Ce n’est pas de ma faute si on a juste un canapé-lit.

MARI. – Et quand c’est mon soir, je peux jamais regarder un film jusqu’au bout !

FEMME. – Moi, à dix heures, je me couche. (Elle regarde sa montre.) Je te signale que c’est le moment pour toi d’aller dans la cuisine.

MARI. – Avant il faut vraiment que j’aille aux toilettes…

FEMME. – Désolée, il me reste très exactement douze minutes et quarante secondes sur le temps qui m’était réservé et que je n’ai pas utilisé tout à l’heure.

MARI – Non ! Tu plaisantes ? Je ne peux plus attendre, je t’assure !

FEMME. – Vraiment ?

MARI. – Vraiment, oui ! S’il te plaît…

Elle rit et va s’enfermer dans les toilettes.

FEMME – Alors essaie de penser à autre chose !

MARI, frappant sur la porte – Sadique ! C’est nul de profiter de la situation, NUL tu entends ?

FEMME, voix off. – Mais oui… mais oui…

Dur, dur le confinement !

Marie Laroche-Fermis

Le confinement ne ment jamais !

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