Projets d'avenir

ELLE. – Qu’est-ce que tu fais ?

LUI. – Rien. J’ai fini mes mots croisés. Et toi ?

ELLE. – Je m’emmerde.

LUI. – Ce n’est pas nouveau.

ELLE. – À ce point-là, si. Je ne sais pas quoi faire. Tu n’as pas une idée ?

LUI. – Une bonne engueulade, peut-être.

ELLE. – Bof.

LUI. – Ça nous occuperait.

ELLE. – À propos de quoi ? Faudrait trouver. On a tout épuisé. Tous les sujets de dispute possible !

LUI. – Justement si on cherchait… ça passerait le temps.

ELLE. – On ne trouvera pas.

LUI. – Mais si… il y a sûrement un truc auquel on n’a pas pensé et au sujet duquel on n’est pas d’accord….

ELLE. – On a tout épuisé, je te dis, depuis trois mois !

LUI. – Je t’assure que si on se donne du mal, si on se creuse un peu la cervelle…

ELLE, lui crie. – Je te dis que non !

LUI. – Et moi je te dis que si !

ELLE. – Tais-toi ! Tu m’énerves ! Regarde autour de toi… 

LUI - Oui. Et alors ?

ELLE. – De quoi aurait-elle l’air notre « engueulade » comme tu dis ? D’un pétard mouillé !

LUI. – Mais pourquoi ?

ELLE. – Mais regarde… Regarde… On n’a plus rien à casser ! Plus un verre, plus une assiette… (Elle se met à crier.) Et moi quand je suis en colère il faut que je casse quelque chose ! Ça me fait du bien. Ça me calme.

LUI. – Il reste le buste de ta mère ! Le chef-d’œuvre de ton cher papa.

ELLE. – Ah ! Non ! Pas maman !

LUI. – Mais pourquoi pas…  Au moins elle se rendrait utile pour une fois…

ELLE. – Pas maman je te dis !

LUI. – Si tu veux c’est moi qui le casse…

ELLE, lui crie. – Si tu fais ça je t’étrangle !

LUI. – Ok. Mais tu te feras encore plus chier après ! Seule. Avec un cadavre.

ELLE. – Trouve une autre idée.

LUI. – On pourrait recasser ce qui est déjà cassé…

ELLE. – On a déjà tout cassé au moins trois fois !

LUI. – Oui, c’est vrai. Mais on a massacré les murs. On pourrait les repeindre.

ELLE. – On n’a pas une goutte de peinture et les magasins sont fermés.

LUI. – Oui. C’est vrai. C’est dommage. Il me fait bien envie ce buste…

ELLE, hurle. – Ne le touche pas !

LUI. – Dommage. C’est tentant. Il est en plâtre… C’est fragile, c’est friable… Et contre ce mur, là, si je le lançais bien fort ça ferait un sacré spectacle… Un feu d’artifice. Tu te rends compte, ta mère, un feu d’artifice, qui aurait pu penser ça !!!

ELLE. – Je te déteste !

LUI. – J’ai une autre idée !

ELLE, agressive. – Laquelle ?

LUI. – Et si on s’aimait ?

ELLE. – Ça va pas la tête ?

LUI. – Bah. Ça nous est déjà arrivé.

ELLE. – C’était au temps des dinosaures.

LUI. – Mais si, je t’assure, c’est une bonne idée. Et ça passerait le temps. On pourrait commencer par ne plus se détester.

ELLE. – Ça va être dur.

LUI. – Oui mais si on fait des efforts… Déjà dans un premier temps : on s’ignore…

ELLE. – Dans vingt mètres carrés ?

LUI. – C’est possible.

ELLE. – Faudrait faire de gros efforts.

LUI. – On en est capables.

ELLE- Je te dis que non.

LUI. – Essayons.

ELLE. – Comment veux-tu que je t’ignore ?

LUI. – Et si demain matin je t’apportais le petit-déjeuner au lit, tu m’ignorerais ?

ELLE. – « Apporter » est un grand mot le lit est pratiquement dans la cuisine. Tu n’as qu’à te pencher.

LUI. – D’accord. Mais c’est l’intention qui compte. Tu m’ignorerais ?

ELLE. – Évidemment non. Mais je ferais une syncope.

LUI. – Eh bien je m’occuperais de toi… J’essaierais de te ranimer.

ELLE. – En me collant des gifles ?

LUI. – Non au contraire, en te caressant… tendrement

ELLE. – Mais qu’est-ce qui te prend ?

LUI. – Ah je t’en prie ne chipote pas ! Tu t’emmerdes toujours là ?

ELLE. – Non. Beaucoup moins.

LUI. – Eh bien voilà. Tu vois qu’elle est bonne mon idée… Et en progressant comme ça, pas à pas, en faisant des efforts, on se laisserait prendre au jeu et on finirait par s’aimer comme quand on avait vingt ans !

ELLE. – Tu crois ?

LUI. – Bah on peut toujours essayer.

ELLE. – Pourquoi pas.

LUI. – Tu es d’accord ?

ELLE. – Ben oui, ça ou m’emmerder…  Essayons !

LUI. – À la bonne heure !

ELLE. – Et quand on aura réussi à s’aimer comme à vingt ans ?

LUI. – On ne sera plus confinés. Et on pourra ressortir.

ELLE. – Tous les magasins seront ouverts ?

LUI. – Mais oui.

ELLE. – On pourra racheter des assiettes ?

LUI. – Mais oui. Et des verres.

ELLE, catégorique. – T’as raison c’est une bonne idée !

LUI. – Je te l’avais dit.

ELLE, rêveuse. – Des assiettes plates. Des assiettes creuses. Des assiettes à entremets. Des assiettes à dessert. Des assiettes à fromage.

LUI. – Toutes les assiettes que tu voudras.

ELLE. – Et dès que tu diras un truc qui ne me plaira pas il faudra que je me défoule. Et que je me calme. Alors j’en ferai des soucoupes volantes de ces putains d’assiettes ! Allez hop ! Ah je revis. J’aime avoir des projets d’avenir.

LUI. – Moi aussi.

ELLE - Pourquoi tu le regardes comme ça ?

LUI. – Quoi donc ?

ELLE. – Le buste de maman.

LUI. – Il me fait vraiment envie.

 

 

Jean-Claude Danaud

Projets d'avenir

Jean-Claude Danaud

Que faire quand même les sujets de dispute sont épuisés ?

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