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JEUX DE ROLES

PERSONNAGES

LUI

ELLE

LUI. – Finalement on devrait nous obliger à porter un masque dès la naissance.

ELLE. – Pourquoi ?

LUI. – Pour lutter contre les inégalités. (Il précise.) Physiques.

ELLE. – Oh ! Tu crois ?

LUI. – Ben oui. Toi par exemple…

ELLE. – Moi ?

LUI. – Avec un masque, t’es moins moche.

ELLE. – C’est vrai ?

LUI. – Ben oui, chez toi les yeux ça va. Ce qui cloche c’est le reste.

ELLE. – C’est vrai, j’ai de beaux yeux ?

LUI. – Plutôt, oui.

ELLE. – Merci. C’est la première fois que tu me dis quelque chose de gentil.

LUI. – Excuse-moi.

ELLE. – Mais non. Au contraire.

LUI. – D’ailleurs si tu mettais une photo masquée sur ton site de rencontres je suis sûr que tu aurais des contacts.

ELLE. – Tu crois ?

LUI. – Faudra essayer. Mais je suis prêt à parier.

ELLE. – Bon j’essaierai alors.

LUI. – Parce que pour l’instant tu es à zéro ma cocotte. Moi à sept ! Sept contacts en quelques heures. Et pas des gargouilles comme toi, des belles filles !

ELLE. – Forcément toi tu as mis une photo qui a au moins vingt ans.

LUI. – C’est exprès. Parce que contrairement à vous nous plus on prend de l’âge et plus on est sexy. Donc si je mettais une photo récente ça ferait exploser mon ordi.

ELLE. – Il n’empêche que si tu devais les rencontrer ces bonnes femmes elles seraient plutôt surprises.

LUI. – De toute façon on est confinés. On ne peut pas se rencontrer.

ELLE. – Et ça t’arrange bien, hein. Comme ça tu peux faire le beau.

LUI. – Je n’ai pas besoin de ça.

ELLE, pensive. – C’est vrai qu’à part mes yeux, ça cloche ?

LUI. – Ben oui. Tu ne te regardes jamais dans une glace ?

ELLE. – Si. Mais depuis le temps je suis habituée.

LUI. – Tu as de la chance, moi pas.

ELLE. – Pourquoi tu m’as épousée alors ?

LUI. – Tu veux savoir la vérité ?

ELLE. – Oui. On doit tout se dire, dans un couple.

LUI. – Ok. J’avais fait un pari.

ELLE. – Un pari ?

LUI. – Parfaitement. Avec des potes.

ELLE. – Je les connais ?

LUI. – Non. Ils sont morts.

ELLE. – Et qu’est-ce que tu avais parié ?

LUI. – Que je t’épouserai. Ils étaient pétés de rire. J’étais vexé. Alors un jour au PMU j’ai eu cette idée. Je leur ai demandé ceux qui pensaient que j’étais capable de t’épouser, plutôt que Sabrina qui ne demandait que ça et qui était une vraie bombe. Ils ont tous misé sur elle, forcément. Y’en a même qui ont mis gros et j’avais besoin de fric. Tu comprends ?

ELLE. – Oui t’as toujours voulu vivre au-dessus de tes moyens.

LUI. – Enfin là, en l’occurrence c’était plutôt en dessous. C’est ce que j’ai expliqué à ton père, qui a été compréhensif.

ELLE. – Mon père ?

LUI. – Oui. Je lui ai demandé de compléter le pécule s’il voulait vraiment que je t’épouse.

ELLE. – Et il l’a fait ?

LUI. – Évidemment. Trop content de te caser.

ELLE. – Je t’ai rapporté combien alors, en tout ?

LUI. – Je ne sais plus. C’était pas en euros et j’ai tout bouffé depuis. Mais de toute façon j’étais perdant. Et si je te revendais aujourd’hui je ferais beaucoup moins bien, malgré tout. (Il réfléchit.) Si, peut-être au poids.

ELLE. – Ah ! Tu vois. (Un temps, puis elle jette.) Je t’ai tout de même fait deux beaux enfants.

LUI. – Tu les trouves beaux, toi ?

ELLE. – Non. Mais ce sont des enfants.

LUI. – Oui. C’est déjà ça. Mais la fille on dirait ton clone.

ELLE. – Oui. Tout le monde me le dit.

LUI. – On ne pourra jamais la caser.

ELLE. – Pourquoi pas ? Regarde… Moi !

LUI. – Je n’ai pas le fric de ton père. Même en râclant les fonds de tiroir ça ne suffirait pas. Personne n’en voudrait de ta môme. Faudrait que je fasse un emprunt et la banque ne suivrait pas quand je lui donnerais la raison. Ils me demanderaient une photo et alors là… Ce sera un refus. Catégorique. Alors t’en es où sur ton site ? Toujours pas de contacts ?

ELLE. – Non. Et quand je fais coucou on me bloque.

LUI. – Tu m’étonnes. Moi j’en ai eu deux nouveaux. Ça fait neuf à zéro. Qu’est-ce qu’on fait, on arrête là ?

ELLE. – D’accord. On fera la belle demain.

LUI. – Ouais. Mais pour toi ce sera difficile.

ELLE, respire un grand coup, s’étire et déclare sur un ton bcbg soudain. – Tu veux que je te dise, Jean-Charles, ça m’éclate total ce jeu.

LUI, même ton bcbg. – Moi aussi Marie-Sandrine. Quand je pense que la plupart de nos amis s’ennuient pendant ce putain de confinement !

ELLE. – Ils sont étriqués du cerveau ! Aucune imagination !

LUI. – C’est clair. Alors qu’est-ce qu’on met comme tronches demain sur le site ? Pour moi ce sera l’homme de ménage. Je l’ai pris en photo hier quand il astiquait l’escalier.

ELLE. – Et moi je peux mettre ta sœur ?

LUI. – Parfait. Là tu auras peut-être des réponses.

ELLE. – C’est sûr qu’avec ta grand-mère aujourd’hui c’était pas gagné.

LUI. – Comme ça tu auras ta revanche. C’est toi qui joueras la méchante. Et moi j’encaisserai les coups.

ELLE. – J’ai hâte. Je vais te démolir, Jean-Charles !

LUI. – Oui, s’il te plaît ! Vivement demain !

Jean-Claude Danaud

Jeu de rôles

Jean-Claude Danaud

Le confinement donne à ce couple des idées de jeux quelque peu déconcertantes !

nb d'hommes1
nb de femmes1
2
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