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PÂTES EN STOCK

GERARD, bougon. – Qu'est-ce qu'on mange ce midi ?

MARTINE, gentiment. – Des spaghettis bolognaise.

GERARD, râleur. – Encore !

MARTINE, réagissant. – Comment ça... encore ?

GERARD – Ça fait huit jours que tu me fais bouffer des spaghettis, tu ne pourrais pas cuisiner autre chose, histoire de nous changer un peu. Fais preuve d'imagination bon sang !

MARTINE, dont la colère monte. – Ah je ne fais pas preuve d'imagination ? Lundi spaghettis à la carbonara, mardi spaghettis aux courgettes, mercredi spaghettis aux courgettes plus ail et ricotta, jeudi spaghettis aux épinards, vendredi spaghettis nature, samedi, pour changer, des tagliatelles et aujourd'hui on repart avec des spaghettis bolognaise !

GERARD – Tu ne vas quand même pas programmer tous tes menus avec des pâtes !

MARTINE – La faute à qui ? Qui s'est précipité comme un malade au super marché à l'annonce du confinement pour acheter 50 paquets de pâtes ? Toi ou moi ?

GERARD – J'en ai ras le bol moi, de manger des pâtes à longueur de semaine !

MARTINE – Ah ! Monsieur en a ras le bol des pâtes ? Eh bien si monsieur n'est pas content de ma cuisine, il peut toujours aller manger ailleurs ! Chez sa mère tiens ! (Moqueuse.) C'est sa maman qui serait contente de retrouver son grand garçon !

GERARD – Tu sais très bien que je ne peux pas sortir de la maison.

MARTINE – Dommage parce qu'alors là, pour manger varié, pas de problème ! Connaissant les goûts culinaires de ta mère, elle a dû faire une provision démentielle de féculents en tous genres. Avec elle, ce doit être mogette de Vendée six jours sur sept et des flageolets le dimanche.

GERARD – Tu ne vas pas reprocher à maman d'aimer les haricots secs.

MARTINE – Loin de moi cette idée et puis eh, ça lui permet de péter la forme à la belle-mère... (Elle rit.) J'imagine que, comme son fils, elle a dû dévaliser les grandes surfaces ?

GERARD – Maman a connu les restrictions de la guerre ! Tu pourrais au moins respecter cet épisode de sa vie.

MARTINE, excédée. – Gérard, ta mère est née en 1946, juste à la fin de la guerre et elle a été nourrie au sein pendant au moins huit à neuf mois. Je ne pense pas qu'il lui fallait des tickets de rationnement pour avoir la tétée ! Alors arrête ton cirque !

GERARD, tenant tête. – J'arrêterai si je veux ! Non mais c'est vrai, c'est un peu trop facile !

MARTINE, réagissant fermement. – Ah c'est comme ça ?

GERARD, tenant tête lui aussi. – Oui c'est comme ça !

MARTINE, ouvrant la fenêtre et jetant son plat. – Eh ben voilà... hop ! (Elle se frotte les mains et les retourne comme un prestidigitateur.) Rien dans les mains... rien dans les poches ! Partis, disparus, volatilisés les vilains spaghettis qui ne font qu'exciter et faire plein de misères à ce pauvre Gégé.

GERARD – Alors là, c'est malin ça ! Et du coup, on va manger quoi ?

MARTINE – Tu te remplis une attestation de sortie et tu vas becqueter tes spaghettis sur le trottoir.

GERARD – Tu me déçois Martine. Permets-moi de te dire que ton comportement est petit petit petit petit.

MARTINE, nostalgique. – Quand je pense qu'il y a 20 ans, à notre voyage de noces à Venise, tu en as mangé deux fois par jour et pendant huit jours des pâtes, de toutes sortes et à toutes les sauces en me regardant amoureusement en me disant que tu voudrais que ça ne s'arrête jamais.

GERARD – C'était il y a 20 ans … et à Venise... entre la place Saint-Marc et le Rialto... entre le grand canal et les gondoliers... entre le...

MARTINE, le coupant. – Et là, entre la cuisine, la salle à manger et le canapé, les spaghettis n'ont plus le même goût ? Tu ne veux pas que je te chante « O sole mio » pour recréer l'ambiance ? Remarque, on n'est pas loin du palais des Doges... à toi tout seul, tu nous fais le pont des Soupirs !

GERARD – Sérieusement, tu n'aurais pas autre chose à se mettre sous la dent, vite fait ?

MARTINE – Je peux te proposer un potage ?

GERARD – Eh ben, tu vois, quand tu veux. Un potage à quoi ?

MARTINE – Aux vermicelles !!!

Jean-Claude Martineau – Novembre 2020

Pâtes en stock

Jean-Claude Martineau

Si le quotidien peut parfois laisser la place à la monotonie, le quotidien du confiné, c'est pire !

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