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L’ADULTÈRE AU TEMPS DU CORONAVIRUS

Elle en peignoir, lui en caleçon.

LE MARI, voix off. – Hortense ? Hortense ? Où êtes-vous ?

LA FEMME. – Ciel ! Mon mari ! Vite entrez dans ce placard.

À peine l’amant a-t-il le temps d’obéir qu’arrive le mari.

LA FEMME. – Eh bien mon ami, que venez-vous faire à cette heure ? Je vous croyais au labeur.

LE MARI. – Figurez-vous que la décision a été prise de me mettre en télétravail, n’est-ce pas merveilleux ? Vous allez pouvoir profiter de ma présence plus souvent. Cette nouvelle me comble de joie… Venez que je vous embrasse.

LA FEMME. – N’approchez pas, je vous prie, vous oubliez les gestes barrières.

LE MARI. – N’ayez crainte ma chère, depuis que je suis rentré, je n’ai eu de cesse de m’hydro-alcooliser les mains, alors laissez-vous faire.

LA FEMME. – Vous n’y pensez pas ! Dois-je vous rappeler que vos habits peuvent être porteurs du virus. Allez donc vous dévêtir dans la buanderie et n’oubliez pas de passer sous la douche pour vous débarrasser de tous ces vilains microbes.

LE MARI. – Soit ! Laissez-moi seulement prendre une tenue d’intérieur dans ce placard.

Il ouvre le placard et aperçoit l’amant.

LE MARI. – Qui êtes-vous ? Que faites-vous dans ce placard ?

L’AMANT. – Bonsoir Monsieur. Comme vous pouvez le constater, je travaille.

LE MARI. – Comment cela, vous travaillez ?

L’AMANT. – Je suis réparateur de placard. Madame a fait appel à mes services parce que ce malheureux placard menaçait de s’écrouler.

LE MARI. – Entendu… Mais cela n’explique pas ce que vous faites dans cette tenue.

L’AMANT. – Mesure sanitaire oblige… Nous avons des protocoles à respecter afin de protéger au mieux notre clientèle… Voilà pourquoi je travaille en caleçon. Si vous croyez que cela m’amuse.

LE MARI. – Tout de même ! En caleçon… Dans la chambre de ma femme.

L’AMANT. – Monsieur, lorsque vous êtes entré dans cette chambre, la porte de ce placard était-elle ouverte ou fermée ?

LE MARI. – Elle était fermée puisque c’est moi qui l’ai ouverte.

L’AMANT. – C’est bien la preuve que votre épouse ne pouvait en aucun cas être choquée. Professionnalisme et discrétion, nous travaillons toujours en refermant les portes derrière nous.

LE MARI. – Ce ne doit pas être facile tous les jours. C’est tout de même très étroit dans ce placard.

L’AMANT. – Je vous l’accorde. Il faut être souple et performant. C’est d’ailleurs pour ces qualités que Madame m’a fait venir.

LE MARI, à la femme. – Ainsi ma chère, vous connaissiez la réputation de Monsieur ?

LA FEMME. – Une très bonne amie m’en avait parlé, elle-même avait été très satisfaite des prestations offertes : discrétion, souplesse et performance. Qu’est-ce qu’une honnête femme peut demander de plus ? Je vous le demande.

LE MARI, à l’amant. – Mon épouse a raison. Il n’est pas évident de trouver un bon réparateur qui intervient à domicile. Votre profession souffre d’une mauvaise réputation. On y trouve tellement de voleurs et d’escrocs. Il y a des cas, je vous jure !

L’AMANT. – Oui mais ce ne sont que des cas et comme vous le savez, tous les cas le sont… à propos de caleçon, si nous laissons la porte de ce placard ouverte, je crois que je vais finir par prendre froid… En ce moment, une mauvaise grippe est si vite arrivée.

LE MARI. – Bien sûr ! Je vous laisse travailler. Au revoir Monsieur…. Charmé de vous avoir rencontré.

L’AMANT. – Tout le plaisir est pour moi, cher monsieur et croyez-moi, lorsque je dis cela, je pèse mes mots. Tout le plaisir est vraiment pour moi.

LE MARI, à la femme. – Ma chère, une fois le travail achevé, je vous laisserai régler Monsieur.

LA FEMME. – Ne vous inquiétez pas mon ami, lorsque Monsieur m’aura montré son ouvrage, je ne manquerai pas de le récompenser comme il le mérite.

L’AMANT. – Madame est trop bonne.

LA FEMME. – Je n’en doute pas Monsieur.

LE MARI. – Je ne vais pas vous embêter plus longtemps, continuez donc ce que vous avez à faire.

L’AMANT. – Comptez sur moi, je vais m’efforcer de ne pas décevoir Madame. Au revoir Monsieur. (Il entre dans le placard.)

LE MARI. – Malgré la crise, il reste des gens qui continuent à aimer ce qu’ils font, cela fait plaisir à voir. Madame, je vous félicite pour votre choix. À plus tard !

LA FEMME. – C’est cela, à plus tard. (Tandis que le mari sort.) Et si j’allais vérifier l’avancement des travaux. Hou hou ! J’arrive !

Elle entre à son tour dans le placard.

Yvon Taburet

L'Adultère au temps du coronavirus

Yvon Taburet

Malgré le virus, certaines choses ne changeront jamais.

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