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LE MONDE D'APRÈS

 

L'action se déroule dans la rue.

Policier. – Hep ! Vous là-bas, les deux déconfinés !

Elle. – Nous, m'sieur l'agent ?

Policier. – Oui, vous. Parvenez un peu par ici.

Lui. – Oh punaise ! Encore lui ! Il m'en veut, c'est pas possible ?

Policier. – Contrôle des infractions à propos du sujet du déconfinement. Vos papiers.

Elle. – On ne fait que passer.

Policier. – Ben voyons ! Mon flair me dit que vous ne passez pas mais que vous marchez plutôt. Vous marchez même à deux sur la voie publique.

Elle. – Bien sûr. On rentre chez nous m'sieur l'agent.

Policier. – Quoi ? Vous rentrez chez vous ? À cette heure-ci ?... Faites-moi montrer votre ASO.

Lui. – Notre quoi ?

Policier. – Votre attestation de sortie obligatoire. J'espère qu'elle est « bonne et difforme ».

Elle. – Bien sûr. La voici. Complétée, datée, signée.

Policier. – Hum ! Voyons si y'a pas une fausseté ou une « zomission » qui méritent que je vous verbalisasse... Comment, comment ? Vous êtes sortis 14 heures et vous rentrez déjà ?

Lui. – Non, non, pas tout de suite.

Policier. – Je vous le rappelle que sortir moins de trois heures « d'éffilées », c'est l'amende de 135 €.

Elle. – On a prévu de faire un petit détour.

Policier. – Mouai. Un grand j'espère parce que je vois que vous habitez dans la rue… Continuons… Motif du déplacement, courses non essentielles voire superflues. Ah ! C'est bien ça ! C'est très bien !

Elle. – Merci m'sieur le policier.

Policier. – À plus de trois kilomètres de votre domicile ?

Lui. – Bien sûr. On a même pris le RER, alors.

Policier. – Très bien… Et elles sont où, ces courses. Vous n'avez aucun sac.

Lui. – C'est parce qu'on a acheté trois fois rien. Des broutilles.

Elle. – Oui, regardez. Une montre. Un stylo.

Lui. – Que de la dernière nécessité… Un cache-nez.

Policier. – Pour vous le mettre sur le nez ?

Lui. – Nooon ! Surtout pas. On pourrait croire que je porte un masque.

Policier. – Attention ! Port du masque strictement interdit. 135 €… Mais je vous reconnais, vous.

Lui. – Moi. Ah bon ?

Policier. – C'est vous qui m'avez traité hier soir alors que vous n'aviez pas encore vos deux grammes d'alcool obligatoires dans le sang entre 23 h et 6 h du matin ?

Lui. – C'est parce que je tiens trop bien l'alcool. C'est de famille.

Policier. – Jouez pas au plus filou avec moi. Vous allez savoir comment je m'appelle, saligaud.

Lui. – Ça doit pas être facile à porter ça comme nom ?

Policier. – Comprends pas.

Lui. – Tu m'étonnes !

Policier. – Qu'est-ce c'est que vous voulez « incinérer » par là ?

Elle. – Rien. Il ne veut rien insinuer du tout. Excusez-le m'sieur l'agent. C'est la fatigue. Il travaille beaucoup vous savez.

Lui. – Eh oui ! Faut bien rattraper le temps et l'argent perdu. Je fais des heures sups, alors.

Policier. – Télétravail en plus ?

Lui. – Non, non. Impossible, je suis maçon.

Policier. – Et alors ?

Lui. – Ben… Un maçon ?... Le ciment… Les briques… Tout ça…

Policier. – Avec internet on sait jamais. Faut pas me prendre pour un lapin de la dernière pluie. Vos cartes de sortie hebdomadaire et que ça saute !

Elle. – Euh ! Voici.

Lui. – Je ne sais pas où… Ah si ! La voilà.

Policier. – Hum ! Dis-donc, vous n'avez pas vos trois sorties cinéma obligatoires. Vous n'avez que deux tampons ?

Elle. – Certes mais j'ai un théâtre… Derrière.

Policier. – Alors ça va. Mais c'est le strict minimum. Faudrait vous efforcer de faire un effort.

Lui. – Moi j'ai mes cinq restaus, bars, brasseries. Regardez. Avec là, un petit bon point pour avoir fait la fermeture de l'un d'entre eux, à 5 heures du mat’. Bien bourré.

Policier. – Mouai. C'est pas mal…Et pour ce soir, qu'avez-vous « prévisionné » ?

Elle. – Ben…

Policier. – Vous savez que la bamboche est vivement conseillée le samedi soir ?

Lui. – Oh là là, oui ! C'est un devoir citoyen… Hein ?

Elle. – Oui, oui. On a une de ces fiestas à la maison. Je ne vous dis que ça. Un anniversaire.

Policier. – Attention ! Un repas de famille ça ne compte pas. Pas assez entassés, 135 €.

Elle. – On sait bien. On sera plus de cent cinquante dans quarante-cinq mètres carrés.

Lui. – Comme l'exige la loi.

Policier. – Mouai ! Ça ira pour cette fois. Mais attention, je vous ai à l'œil. J'ai noté votre adresse et je viendrai peut-être bien vérifier.

Lui. – Ce sera un plaisir de vous offrir un verre. Allez, c'est pas qu'on s'ennuie mais… (Il lui serre la main.)

Elle. – C'est ça, à tout à l'heure. (Elle l'embrasse.) N'hésitez pas à venir avec des collègues.

Policier. – C'est gentil ça. Mais si Robert et Jean-Claude viennent faudra doubler les tireuses à bière. « Ad'taleur » ! (Il part.)

Lui. – Pourquoi tu lui as fait la bise ?

Elle. – J'ai eu peur qu'il se rende compte que je venais de me désinfecter les mains.

Lui. – Bon ! On l'a calmé mais c'est pas le tout. Maintenant il faut qu'on trouve au moins cent cinquante personnes pour venir manger à la maison.

Elle. – Ce ne sera pas très difficile. On a qu'à inviter tous les SDF qu'on rencontrera. Au moins, ça fera des heureux.

Lui. – Bonne idée. C'est vrai que pour eux, malheureusement, rien n'a changé dans le monde d'après.

  1. Rossignol.

Le Monde d'après

Christian Rossignol

Imaginez un monde où les mesures anti-virus auraient tournées à l'absurde ! Euh, attendez...

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